La CFTC pourrait obtenir l'autorité principale sur les matières premières numériques en vertu du projet de loi du Sénat
Le 10 novembre 2025, les sénateurs John Boozman et Cory Booker ont publié un projet de loi bipartite de la commission sénatoriale de l'agriculture qui propose de conférer à la Commodity Futures Trading Commission (« CFTC ») une nouvelle autorité pour la surveillance exclusive des « matières premières numériques » négociées sur les marchés au comptant. Le projet de loi introduit également de nouvelles catégories d'enregistrement pour les « courtiers en matières premières numériques », les « dépositaires de matières premières numériques », les « négociants en matières premières numériques » et les « plateformes de négociation de matières premières numériques ».
Cette mesure fait en partie écho à la loi sur la transparence du marché des actifs numériques (Digital Asset Market Clarity Act, ou « CLARITY Act ») adoptée par la Chambre des représentants plus tôt cette année, et témoigne des efforts continus du Congrès pour élaborer un cadre législatif complet pour le marché des cryptomonnaies.
Le projet Boozman-Booker définit les « produits numériques » comme « tout actif fongible pouvant être détenu et transféré exclusivement, de personne à personne, sans avoir nécessairement recours à un intermédiaire, et enregistré dans un registre public distribué sécurisé par cryptographie ». La définition des produits numériques donnée dans le projet de loi, qui met l'accent sur la nature désintermédiée des actifs numériques, diffère de celle donnée dans la loi CLARITY, qui se concentre sur le fait de savoir si un actif numérique est « intrinsèquement lié » à une blockchain. La loi CLARITY et le projet de loi excluent tous deux de la définition des produits numériques les titres, les stablecoins de paiement autorisés, les véhicules d'investissement communs, les dépôts bancaires et les dérivés sur matières premières.
Comme dans le cas de la loi CLARITY, le projet de loi accorde à la CFTC une compétence exclusive sur les transactions au comptant ou au comptant sur le marché secondaire portant sur des matières premières numériques exécutées ou soumises aux règles d'entités enregistrées. La CFTC aurait également compétence sur les transactions au comptant ou au comptant portant sur des stablecoins de paiement autorisés proposés par des entités enregistrées, mais cette compétence ne réglementerait que les plateformes de négociation. La CFTC n'aurait aucune autorité sur les émetteurs de stablecoins ou sur le fonctionnement des stablecoins.
Les infrastructures de négociation qui offrent une plateforme de négociation au comptant ou sur le marché spot pour les matières premières numériques seraient tenues de s'enregistrer auprès de la CFTC en tant que « bourse de matières premières numériques ». À l'instar du cadre réglementaire actuel de la CFTC concernant les marchés contractuels désignés, les bourses de matières premières numériques seraient soumises à des principes fondamentaux statutaires et ne pourraient coter à la négociation que les matières premières numériques qui ne sont « pas facilement susceptibles d'être manipulées ».
Le projet de loi exigerait également que les intermédiaires qui facilitent les transactions au comptant sur les matières premières numériques de détail s'enregistrent auprès de la CFTC en tant que « courtiers en matières premières numériques » ou « négociants en matières premières numériques ». Les courtiers sont des sociétés qui, dans le cadre de leurs activités habituelles, acceptent ou acheminent des ordres de clients non institutionnels sur des matières premières numériques au comptant tout en contrôlant les fonds des clients ou l'exécution (y compris pour les transactions sur les bourses de matières premières numériques enregistrées). Les négociants sont des entreprises qui négocient régulièrement des matières premières numériques au comptant en tant que mandants avec des clients non institutionnels hors bourse. Des exemptions limitées s'appliquent aux activités de minimis et aux entreprises implantées dans un seul État, et la CFTC est chargée d'affiner davantage le champ d'application, y compris pour certaines banques et certains participants contractuels éligibles.
Les courtiers et négociants en matières premières numériques seraient soumis aux exigences de la CFTC en matière de capital, de reporting, de tenue de registres et de piste d'audit, et ne pourraient effectuer des transactions que sur des matières premières numériques « qui ne sont pas facilement susceptibles d'être manipulées ». Ils seraient tenus de mettre en place des contrôles en matière de gestion des risques et de conflits d'intérêts, d'éviter les pratiques anticoncurrentielles, de séparer et de conserver les actifs numériques des clients auprès de « dépositaires de matières premières numériques qualifiés », et il leur serait expressément interdit d'utiliser les actifs des clients à des fins abusives, notamment pour la validation ou la gouvernance de la blockchain sans le consentement écrit des clients. Les règles de conduite professionnelle exigent la divulgation des risques, la communication et le marketing équitables, ainsi que le respect de normes explicites en matière de lutte contre la fraude et la manipulation.
Et ensuite ?
Le projet du Sénat fera l'objet de débats et d'amendements, et devra finalement être harmonisé avec la loi CLARITY de la Chambre des représentants et une autre législation sur les actifs numériques actuellement examinée par la commission bancaire du Sénat. L'octroi de compétences à la CFTC sur les marchés au comptant, la création de différentes catégories d'enregistrement pour les acteurs du marché des matières premières numériques et l'accent mis sur les obligations de protection des clients reflètent la volonté constante du Congrès de mettre en place une structure réglementaire fédérale complète pour les marchés au comptant des matières premières numériques.