Une décision rendue en Floride a des répercussions sur la capacité des employés à contourner le système d'indemnisation des accidents du travail et à poursuivre leurs employeurs pour préjudice moral.

Une décision récente de la Cour d'appel du cinquième district, Steak 'N Shake c. Spears,1 souligne l'importance du cadre juridictionnel de la Floride en matière d'indemnisation des accidents du travail et pourrait contribuer à empêcher que des demandes d'indemnisation très émotionnelles pour détresse mentale liée au travail ne soient portées devant un jury.
Amber Nicole Spears travaillait comme serveuse dans un restaurant Steak 'N Shake lorsqu'elle a été menacée avec une arme à feu par un intrus qui l'a saisie par le cou, l'a forcée à entrer dans une pièce à l'arrière et l'a menacée à plusieurs reprises de la tuer. Mme Spears a affirmé avoir subi un préjudice moral à la suite de cet incident, qui s'est incontestablement produit dans le cadre et dans l'exercice de ses fonctions.
À la suite de cet incident traumatisant, Spears n'a pas demandé d'indemnisation au titre de l'assurance accident du travail ni invoqué la procédure judiciaire de la Floride en matière d'indemnisation des accidents du travail afin de déterminer si ses blessures étaient « indemnisables » (c'est-à-dire si son employeur lui devait des indemnités au titre de l'assurance accident du travail). Elle a plutôt intenté directement une action devant la cour de circuit, invoquant un préjudice émotionnel intentionnel à l'encontre de son employeur. Il convient de noter que Spears n'a pas présenté de réclamation fondée sur des blessures physiques présumées subies à la suite de l'incident.
En réponse, Steak 'N Steak a fait valoir que les demandes de Spears étaient irrecevables en vertu de la doctrine de l'immunité en matière d'indemnisation des accidents du travail, car elle n'avait pas présenté de demande d'indemnisation et n'avait donc pas pris la première mesure nécessaire pour déterminer si ses blessures étaient indemnisables.
La cour d'appel (tribunal de première instance) a rejeté cet argument, expliquant que, puisque Spears n'avait allégué aucune blessure physique, ses demandes ne relevaient pas du cadre de l'indemnisation des accidents du travail de Floride et n'étaient donc pas indemnisables en vertu de la loi. Pour parvenir à cette conclusion, le tribunal de première instance s'est appuyé sur le libellé de la loi sur l'indemnisation des accidents du travail de Floride, qui stipule :
Une blessure mentale ou nerveuse due uniquement au stress, à la peur ou à l'excitation n'est pas considérée comme une blessure accidentelle liée à l'emploi. Aucune disposition du présent article ne peut être interprétée comme autorisant le versement de prestations au titre du présent chapitre pour des blessures mentales ou nerveuses qui ne s'accompagnent pas d'une blessure physique nécessitant des soins médicaux. Une blessure physique résultant de blessures mentales ou nerveuses qui ne s'accompagnent pas d'un traumatisme physique nécessitant des soins médicaux n'est pas indemnisable au titre du présent chapitre.
§ 440.093(1), Statut de Floride.
Steak 'N Shake a fait appel de cette décision devant la Cour d'appel du cinquième district (DCA). En juin 2025, la cinquième DCA a rendu son avis, estimant qu'une employée ne peut pas intenter une action en responsabilité civile contre son employeur sans avoir préalablement demandé à déterminer si elle a droit à des prestations d'indemnisation des accidents du travail auprès d'un organisme d'assurance accidents du travail ou d'un juge chargé des demandes d'indemnisation.
Plus précisément, la cour a examiné la définition légale du terme « indemnisable » — que l'article 440.13(1)(d) définit comme « la décision d'un assureur ou d'un juge chargé des demandes d'indemnisation selon laquelle l'état d'un employé résulte d'une blessure survenue dans le cadre et au cours de son emploi » — pour conclure qu'un juge de première instance n' a pas le pouvoir légal de déterminer si une blessure donnée est indemnisable ou non dans le cadre du régime d'indemnisation des accidents du travail de Floride.
Dans le cas de Spears, comme elle n'a jamais déposé de demande d'indemnisation au titre de l'assurance accident du travail, aucun assureur ni juge administratif n'a jamais statué sur l'indemnisation de sa blessure présumée. Même si Spears a allégué une détresse mentale non accompagnée d'une blessure physique, le tribunal a considéré qu'il s'agissait d'une « question factuelle » qui devait d'abord être examinée et jugée dans le cadre de l'indemnisation des accidents du travail, car la détresse mentale accompagnée d'une blessure physique nécessitant un traitement médical est en fait indemnisable en vertu de l'article 440.093. Cela était d'autant plus vrai que Spears a admis que le tireur l'avait saisie par le cou et les épaules, un comportement qui aurait pu donner lieu à une blessure physique. De plus, comme aucune décision d'indemnisation n'avait été prise par un enquêteur désigné par la loi, Steak 'N Shake a pu continuer à se prévaloir de l'immunité d'exclusivité de l'indemnisation des accidents du travail comme moyen de défense.
Cette décision signifie que les employés qui souhaitent intenter une action en responsabilité civile contre leur employeur doivent, en règle générale, d'abord demander une réparation dans le cadre du système d'indemnisation des accidents du travail et ne peuvent pas d'abord porter la question de l'indemnisation potentielle devant un juge de première instance. Cela vaut également pour les demandes d'indemnisation pour préjudice moral ou traumatisme, qui sont susceptibles de jouer sur les émotions des jurés et d'aboutir à des verdicts élevés. Même si les demandes d'indemnisation pour préjudice moral qui ne s'accompagnent pas de blessures physiques ne sont finalement pas indemnisables, les employeurs de Floride doivent néanmoins garder à l'esprit la décision Steak 'N Shakeet insister pour que la décision initiale d'indemnisation soit prise par un assureur ou un juge administratif.
[1] Affaire n° 5D2024-0148 (5e Cour d'appel de Floride)